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LA VEILLE  for mezzo-soprano and piano (1917, orch. 1932)
 
In the autumn of 1917 Vermeulen set the prose poem La veille by François Porché (1877-1944) to music. The title of the poem – a section from Porché's Le Poème de la Tranchée, published by Le Figaro in the edition 19 November 1916 – can be translated as 'the eve' or 'the vigil'. The scene portrayed by the poet takes place during the night before a battle. In a commentary Vermeulen formulated the contents as follows:
"A woman, alone in her quiet room next to the bed where her child sleeps, is pensive. Although everything around her is still calm, she thinks about all that is dear to her, threatened by war. An urge to pray simmers gently in her and gradually becomes stronger. Each thing, each being that comes into her mind seems to want to pray, more urgently, more pressingly, as the final hour approaches. At dawn the marching soldiers pass her by in a vision. She takes leave of everyone in a thought which is still a prayer."
         Compared to Les filles du roi d'Espagne and The Soldier, La veille represents a new phase in Vermeulen's development. In various places, for example in the piano introductory and later at the vehement exclamations "Prions, prions", he creates atonal harmonies and chord relationships. Also the strong chromatic increase points towards his later music. The syllabic, declamatory handling of the singing voice, totally in keeping with the diction of the text, is comparable to Debussy and Mussorgsky's prosody. (The latter composer, with his often bare chords and unpolished expression, also served as a model.) Only at the very end does Vermeulen relinquish the one note per syllable setting. After uttering several faltering sentences, the melismas on "Adieu" reach an extra dimension.
         Vermeulen situated La veille in "a city, a town, or a village, near nightfall, somewhere in France, or somewhere anywhere". Hereby, his musical expression of the fears and suffering caused by war is still relevant today. He orchestrated the song in 1932, when the first signs of a new world-scale disaster were already visible to him.
 
La veille
François Porché
 
Pendant ce temps, là-bas, dans les maisons tranquilles,
L’enfant dort, un rameau de buis à son chevet,
Comme les autres soirs la femme se dévêt,
Et les derniers passants circulent dans les villes.
 
O vieille vie, ô bruit des pas,
Sécurité des murs, ô sommeil de l’innocence,
Fièvre des beaux bras nus que tourmente l’absence,
Votre misère à vous c’est de ne savoir pas.
 
Un volet clos vous trompe, un rideau sourd vous leurre.
C’est un piège à présent que le repos d’un lit.
Réveillez-vous, prions. Qui peut connaître l’heure
Où le sort s’accomplit?
 
Prions dans les cités avec le hall qui fume,
Avec les rares feux qui clignent dans la brume
Sous les balcons déserts,
Et prions dans les champs avec les métairies,
Avec tout ce que l’œil au-dessus des prairies
Voit d’étoiles par les soirs clairs.
 
Prions avec les seuils, avec les bancs, les tables,
Et les vieux puits sombres et purs,
Avec les souffles chauds qui sortent des étables,
Avec les toits qu’on croyait sûrs.
 
En avant des convois ronflant de ligne en ligne,
Plus loin que les tracteurs et les canons pesants,
Prions pour tous les fronts déjà marqués d’un signe,
Prions pour les agonisants.
 
Prions pour tous ceux qu’un doigt touche
Près du sourcil;
Celui qui glisse une cartouche
Dans son fusil;
Celui qui tient une grenade
Prête à son poing;
Celui dont la fanfaronnade
Ne trompe point;
Celui qui tire ses cisailles 
De leur étui;
Celui qui, seul dans les broussailles,
Rêve; celui
Qui, troublé, s’applique à retordre
Un fil tordu;
Celui qui, parti sur un ordre,
Se sait perdu.
 
A genoux, à genoux! voici l’instant terrible
Où les grains confondus, jetés ensemble au crible,
Vont s’envoler vers leur destin.
Faisons de la prière une autre prise d’armes,
Prions comme on combat, avec des yeux sans larmes,
Voici le tranchant du matin.
 
Adieu, père, époux, fils, frère, ami, tous les nôtres.
Vous n’avez point dormi comme les onze apôtres
Autour du Maître abandonné.
Adieu, vous voilà tous marchant la tête droite,
Défilant pour mourir par une brèche étroite,
Adieu, l’heure a sonné.
 
 
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