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CINQUIÈME SYMPHONIE LES LENDEMAINS CHANTANTS (1941-1944)
 
Avec sa Cinquième symphonie, Vermeulen s’engagea sur une nouvelle voie et le principe de composition qu’il utilisa - la variation permanentes de données mélodiques - devint de plus en plus déterminant pour ses œuvres plus tardives. Le premier et le deuxième mouvement de la symphonie sont chacun construits sur un thème dont certains éléments sont traités dans une succession de longues mélodies se renouvelant sans cesse. L’argument choisi par Vermeulen fut celui du panta rhei issu de la philosophie grecque : tout ruisselle, et l’on ne se baigne pas deux fois dans le même courant.
         Vermeulen aspira à la diversité et à l’alternance mais aussi à l’unité organique. Il garantit cette unité au moyen de relations de motifs entre les thèmes des mouvements. Lorsqu’on place les cinq thèmes côte à côte (le dernier mouvement en possède trois), les similitudes qu’ils présentent sont frappantes. Les thèmes relient en outre les mouvements entre eux. Une sixte majeure ascendante et une septième majeure également ascendante forment par exemple le début d’une mélodie de douze sons qui, entendue quatre fois de suite avec de petites variations rythmiques, constitue l’apothéose du troisième mouvement. Selon le commentaire ci-dessous du compositeur, elles confirment « qu’une vision, conçue dans l’Adagio, peut se concrétiser ».
         Dans la Cinquième symphonie, Vermeulen donna suite à une tendance née avec la Quatrième symphonie : la composition de mélodies d’une longueur telle que ces dernières doivent être reprises par différents instruments grâce à un système relais posant de hautes exigences sur le plan de la technique d’exécution. Les changements de timbres, subtils et réfléchis, donnent à l’orchestration de Vermeulen une dimension supplémentaire.
         L’œuvre fut créée le 12 octobre 1949 par l’Orchestre du Concertgebouw sous la direction d’Eduard van Beinum. Pour cette occasion, Vermeulen écrivit le commentaire suivant :
         « La Cinquième symphonie, dont la création a lieu ce soir, commença à voir le jour un soir d’octobre 1941, dans les profondeurs les plus sombres d’un tunnel appelé guerre. Son titre « Les lendemains chantants » fut emprunté à une lettre que l’un des plus grands chefs de la Résistance française écrivit en guise d’adieu. Il venait d’être torturé. Il allait être fusillé. Le compositeur entendit ces mots à la radio. Ils s’emparèrent de son esprit et établirent en lui un état d’âme assez puissant pour qu’en pleine obscurité il tentât d’exprimer par de la musique quelque chose de ces matins chantants d’un avenir heureux.
         L’œuvre se compose de trois mouvements (vif-lent-vif). Elle fut achevée durant l’hiver qui précéda 1945.
         Après un préambule bref et impétueux des basses, et sur leur sombre arrière-plan, les cors introduisent le thème principal :
 
 
Le premier mouvement est entièrement basé sur cette pensée centrale. Cette dernière apparaît sous d’innombrables formes, mais reste toujours reconnaissable. Elle alterne avec de nombreux épisodes, comme si elle effectuait un voyage le long d’un horizon de possibilités mélodiques restant en rapport avec sa disposition et en résultant le plus souvent. Elle mène peu à peu, graduellement ou par sauts, vers un point culminant d’énergies dithyrambiques qu’elle libère. Elle résonne encore durant les dernières mesures telle un écho.
         Dans l’Adagio, le compositeur tenta d’adresser une invocation à l’amour et d’exprimer un tant soit peu ce qu’elle pourrait donner et être en musique. Ce mouvement est une suite de chants et contre-chants, groupés autour d’un thème, qui dans le silence du commencement est entonné par le saxophone ténor :
 
Dans le cas où le compositeur serait parvenu à concrétiser ses intentions, la musique devrait s’élever graduellement et mener vers un domaine où tout est extrême bonté, selon les désirs de la force interpellée.
         Dans le troisième mouvement de la symphonie, le compositeur devait logiquement tenter d’évaluer les conséquences et essayer de tirer les conclusions découlant des données précédentes. L’être humain est relatif et continue, inquiet, à hésiter même lorsqu’un horizon clair s’étend devant lui. Les certitudes, qu’il voyait, il ne doit plus les conquérir. Elles sont à sa portée immédiate. Mais il doit les confirmer (et c’est beaucoup plus difficile). Trois thèmes, entourés par divers autres, cherchent tour à tour à exprimer ces désirs et cette sécurité.
         Le premier thème tâtonne encore et hésite :
 
         Le deuxième veut supprimer toute indécision :
 
 
         Le troisième va de l’avant :
 
         Le deuxième thème domine et conduit à une fin équilibrée, à une conclusion calme et affirmative. Cette dernière voudrait signifier qu’une vision, conçue dans l’Adagio, peut se concrétiser.
         Le contenu et la progression psychologique de la Cinquième symphonie sont donc ainsi, tels que le compositeur se les représente a posteriori, tandis qu’il réfléchit sur son œuvre qu’il composa en plein malheur, comme dans un rêve, à propos duquel il s’étonne à présent, mais qui était pour lui une réalité et approuvait malgré tout l’idée d’un bonheur accessible. »
traduction : Clémence Comte
 
 
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